mardi 13 octobre 2009

LE SAVANT FOU ET JEAN-PAUL


Morin-Heights, Capitale du ski de fond, ce matin...
Morin-Heights signifie en française "Plusse en hauteur", ce qui dérive du latin "Sti qu'y fa frette" et du précambrien "GNNNMMMPFFF".
Jédéon Morin, son fondateur, est comme peu de gens le savent, toujours vivant et caché dans la montagne en train de peaufiner sa machine à recréer l'âge glaciaire en lâchant de temps en temps un rire dément.
Voyant cette neige ce matin; je décide hier d'aller plonger un peu.



Nous devions aller Sly et moi à St-Zotique, ou il achève ses internats de Divemaster, mais son cours est déplacé à Pointes des Cascades, au début du canal Soulanges.
Pas d'troubes; fait longtemps que je voulais aller voir çà.



Vue d'en-dessous; l'eau qui pisse de partout dans les vieilles portes d'écluse fermées...



Çà, c'est une tondeuse, dont les poissons locaux ont autant besoin que d'une balle dans l'front, qui siérait mieux à son proprio de toute façon, quoique je puisse comprendre son manque d'engouement pour la tonte du gazon que je classe comme activité palpitante et transcendante au même niveau que le pelletage de neige et la vaisselle, juste après la construction de phrases compliquées et farçies de virgules qui vous gèlent le cerveau comme un écran d'ordi précambrien.
Gnnnmmmpfff.




Banc de crapets soleil fuyant la tondeuse et l'hiver.


Une perchaude. Dans mon livre à moé la reine absolue de la gastronomie piscicole, et apparement dans le livre de bin d'autres aussi, si on en juge par la taille ridicule des filets vendus dans le commerce.
On pourrait pas y sacrer patience 4 ou 5 ans, à la perchaude dans le fleuve? Qu'est-ce çà donne anyway de faire de l'argent avec c'te pauv'bête là si c'est juste pour s'acheter une grosse maison avec grand de terrain qui va falloir tondre?




Je trouve que les perchaudes et crapets du Québec n'ont rien à envier aux poissons tropicaux. Sont tellements jolis...




Ceci est un Fouille-roche zébré. Un demi fouille-roche, en fait.
Comme son nom l'indique, il se ballade avec un zèbre strappé sul dos et fouille partout dans les tas de roche que le zèbre lui indique dans l'espoir de trouver de l'or qui leur permettrait de s'acheter une maison à Morin-Heights ou il fait bon pelleter.




Fouille-roche cherchant son zèbre.
(Pas de farces; sont bin cutes à voir retourner de leur museau des pierres parfois plus grosses qu'eux, à la recherche de larves!)




Ici, un grand arbre englouti après qu'un castor se soit fait les dents sur son tronc tel une mégatondeuse, d'ou la signification islandaise de son nom: Lawn Boy.




Après l'écluse, nous sommes retournés à Saint-Zo pour s'y faire une deuxième plongée dans les épaves. L'eau est à 14, encore très confortable en wetsuit. Par contre; rembarquer dans son wet mouillé est assez peu plaisant.
Gnnnmmmpfff.
Étrangement peu de poissons, cette fois...Probablement partis tondre leur gazon ou ramasser des feuilles, ou déménager à Morin-Heights parce qu'ils ont mal compris ce qu'est le ski de fond...
Les bryozoaires sont encore là et même plus nombreux.
Près de 500 millions d'années qu'ils existent, les bryos...
Incroyable!
Espérons pour eux qu'un asiatique riche ne décidera pas bientot d'en faire de la soupe.








Par contre; on a rencontré ce fort beau gros banc de ménés. Cool.








Et Jean-Paul que voici n'a absolument aucun rapport avec notre sortie de plongée, vu que je l'ai trouvée la semaine passée près d'un marais à Laurel, en banlieue de la mégapole de Morin-Heights, Capitale du Sfi de Con.
C'est une tortue peinte.
Pas une tortue peinte comme dans peinturée; peinte comme dans c'est son nom. Quoiqu'elle se nomme ainsi parce qu'elle a l'air peinte avec ses taches rouges, qui ne le sont pas, peintes j'veux dire...
Jean-Paul est un très vieux mâle, ce qui peut émerveiller considérant qu'il se tenait au beau millieu d'une piste de Quad, qui sont des véhicules hors-pistes, dont en général les chauffeurs sont adolescents au moins en âge et se crissent des bosses sur le chemin, qu'ils recherchent même.
J'ai donc mis à sa place une mine anti personnelle peinte et suis allé remettre au bord du marais Jean-Paul avec qui j'ai bien rigolé en buvant une pinte.

vendredi 9 octobre 2009

PEPSI 1957



Morrisburg, encore...

La journée est magnifique, le village toujours superbe avec ses vieilles maisons anglaises aux balcons et frises enjolivés.

Cette fois, Sly s'est joint à Aqualung et moi. Deux autres plongées relaxes vers l'obtention de son titre de Divemaster. Même si en fait son vieux log-book perdu en montrerait bien deux centaines.



Le temps de jaser un peu en se préparant, sur fond musical de jappements d'outardes qui descendent et remontent le fleuve, et nous boudons une entrée à l'eau facile pour le saut du haut du quai beaucoup plus drôle.

J'aime le "TCHOUFFFF" de l'entrée à l'eau entouré de milliards de micro-bulles qui blanchissent tout pendant quelques secondes!




Puis le calme revient, le tourbillon blanc se dissipe, et tout a changé..........

Nous dérivons doucement le long du mur sud du canal, dans une lumière viridienne irréelle, et je sens mon coeur ralentir, ma respiration allonger. Je ferme les yeux un instant.




Et j'entends soudain de faibles cris au loin, qui s'amplifient au fur et à mesure que je me rapproche. Ce sont des enfants qui jouent près de la marina! Trois d'entre eux sont des Allemands avec leurs u-boats, et les deux autres sont les Canadiens, fiers et valeureux combattants venus défendre l'Europe contre l'invasion nazie!

Blanche, leur mère, sourit de la galerie arrière de leur maison au bord du fleuve. Elle les regarde jouer près de l'eau en épinglant à la corde à linge les vêtements des petits.

C'est salissant la guerre!

À la radio, Elvis roucoule Love Me Tender.

Toujours un oeil sur les enfants, Blanche prend sur la rampe le Pepsi qu'elle avait entamé et descend le petit escalier qui donne dans la cour arrière.

Elle marche vers le fleuve et va s'asseoir sur la grosse pierre.

Tout autour d'elle c'est samedi à la marina, occupée comme une ruche, comme un nid d'achigan, le soleil de juillet brille, les enfants sont heureux, et elle ne pense presque pas à Julien...
L'année prochaine, ils ne seront plus là. À Cornwall, ils vont tout inonder, à cause du nouveau barrage.
Julien aurait eu le coeur brisé, de devoir abandonner leur petite maison bleue, construite de ses mains.

Ses mains...

Alors comme il arrive parfois qu'on aie à la fois la pluie et l'arc-en-ciel; une larme coule sur la joue de Blanche qui sourit pourtant encore.
Prenant dans son tablier une pince à linge, elle la dépose sur l'eau.

Petit bateau, pense-t-elle, portes-lui mon amour...

Puis elle se lève et retourne à la maison bleue, la maison de Julien et Blanche, et oublie entre les rochers une bouteille de Pepsi vide.


"I'll be yours through all the years

Till the end of time"




Les dernières notes restent derrière moi avec mes bulles...Le temps a passé puis s'est arreté un jour de 1958 ici, quand les flots ont tout recouvert, tout habillé, tout englouti.

J'ai l'impression de ne plus dériver avec le courant mais d'assister plutot en cinémascope géant au documentaire à la mémoire des Villages Perdus.

Devant moi déroulent en sépia les images anciennes...




Structures affaissées, sous-sols encombrés et travail d'hommes murmurent à travers le cliquetis de la machine à images que les gens vivaient vraiment, ici.









Julia Whitty, dans son livre "Fragile Edge", parle de l'eau et de la vie. Du fait que lorsque vous plongez dans l'océan, vous plongez réellement, littéralement, dans la vie.

Tout autour de vous, vous frolant et vous caressant, le phytoplancton, le zooplancton, le virioplancton nagent et vibrent. Et s'ils sont pratiquement invisibles dans leur transparence protectrice et leur petitesse, ils sont pourtant si nombreux que moins d'eau que d'eux ne vous touche réellement!

Je pense qu'ici, en plus de ces vies visibles et invisibles, à travers les gros achigans et les bancs de dorés, flotte un tissu serré de mémoires et de souvenirs, comme le linceul détaché du marin inhumé au large...

Nous le sentons tous trois...
















À tel point que bientot, nous ressentons le besoin de nous ressaisir, comme s'il y avait danger de non-retour, comme si le passé, meme celui des autres, pouvait vous attacher.

Comme si on voulait rester nous aussi à jouer avec les enfants de Blanche...




Peut-etre alors les achigans gardent-ils moins les lieux et le passé qu'ils nous gardent nous de s'y perdre!







Sly a un clin d'oeil complice que je ne vois pas, et me tire la révérence en un salut à la fois militaire et Pin-Up des années cinquante.



Et Aqualung cabriole dans le courant.





Sur le dessus des écluses englouties, un grand banc de chevaliers reçoit de temps en temps la visite de quelques dorés et achigans, et les intègre sans problemes.

On dirait qu'ils se font bronzer un peu avant le grand sommeil...




Il n'est pas rare de rencontrer ce que j'appele un achigan noir. Comme si par-dessus sa livrée habituelle vert-bronzé assez claire et zébrée verticalement de rayures plus foncées, il avait été couvert de suie.

Il est normal que la teinte de l'achigan varie selon la turpidité de l'eau de son environnement, mais je ne connais toujours pas l'origine de cette coloration de charbon qu'ont certains individus dans les mêmes plans d'eau...



Celui-ci, de teinte normale, semble venir me demander ce que je lui veux, à son copain!




Hobbits du fleuve; les gobis recouvrent le fond par millions, milliards...
Et ont un penchant pour la dive, on dirait!







La rivière a les cheveux blonds, au soleil. Ses longues mèches nous murmurent de rester, alors que nous les survolons et que nous palmons avec regret vers la rive.

Peut-etre l'hiver nous laissera-t-il une autre chance?
Je l'espère, bien sur...

L'image de Blanche me hante encore.

Son petit bateau porteur, avant de s'éloigner, a reçu une larme. Une goutte de vie.

Il a parcouru des milles, vu tous les pays, grimpé des Everest liquides et sondé de profondes vallées bleues, à la recherche de Julien.

Et il l'a trouvé, bien sur.
Rien ne meurt vraiment dans la mer.

Et même si elle ne lui avait rien demandé, il est revenu lui dire, à Blanche.


You have made my life complete
And i love you so.







lundi 5 octobre 2009

LOCK 23 - TOP NIVEAU

J'ai bien aimé la plongée à l'Écluse 21; j'ai adoré l'Écluse 23!

La petite ville de Morrisburg est fort jolie, le parc adjacent au quai municipal est superbe, et tout équipé pour recevoir touristes, plaisanciers et plongeurs confortablement.

(Kessé çà c'mot là: "plaisanciers"???!! C'est quoi l'inverse de "plaisancier"? Quand est-ce t'entends "m'a aller faire un tour de plaisance moé-là", ou "Pas eu trop trop d'plaisance c't'été; ya bin mouillé...")

En tout cas.

Aqualung et votre humble poulet, habillés en sub-plaisanciers, nous crissons en bas du dit quai, au grand plaisir des enfants qui trainent là parce qu'ils n'ont pas encore l'age d'aller le faire au centre d'achats.







(La photo est de Nathalie "Peakaboo Morin" Courteau, et la dernière aussi.

Elle a été chanceuse...)





Pour la première plongée, je traine mon petit drapeau de surface servant à avertir les plaisanciers de la présence de plongeurs, ce dont ils se sacrent la plupart ne sachant absolument pas ce que le carré rouge barré blanc veut dire, et cette fois-ci encore moins vu que mon ?%$#% de drapeau me suit à 10 pieds du fond, totalement immergé et se prenant apparement pour une cuillère à brochet, tout çà à cause d'un courant de style Bruny Surin à vous plier le tuba.





Constatant que le dit courant crée une vibration dans mon dit tuba et qu'il se met à me tapocher le visage comme un pic-bois sur la caféine, et que mon submersible drapeau me tire dans le canal au bout d'sa corde alors que je m'accroche aux roches comme la misère sur les non-plaisanciers, Aqualung applique les freins...



...et me rejoint hilare afin que nous pliassions ce bagage inutile, d'autant plus que le drapeau lui-meme s'est barré dans la nature. Remarquez combien la pression ambiante comprime le foam le rendant pu-pantoute flottant.

J'pense que je suis sul marché pour un autre modèle d'avertisseux d'surface.




Un gobi observe ce qui pour lui est l'entrée de la Basilique St-Pierre.



Nous avions comme but pour cette première plongée, outre le fait d'avoir beaucoup de plaisance, de trouver la Pump House et la Power House de ce qui était un système d'écluses fonctionnel avant 1958 et l'Inondation des Lost Villages.

La première demie-heure fut consacrée aux problemes de drapeau et de tuba, et d'un peu de sur-lestage; les trois faisant de ma flottabilité ce qui se comparerait au comportement d'un galet lancé pour lui faire faire des bons sur l'eau.
Mais une fois le ?$$%@ de drapeau replié et rangé, la chance nous sourit.

(Bon! In autre drole d'expression!...Si t'es bin chanceux, on peut tu dire "la chance se plie en deux d'rire"? Ou: "la chance lol"?)

Anyway; la malchance nous boude pis on tombe en plein sur une des deux. Je dis çà parce qu'on sait pas laquelle c'était...
Mais c'est cool. Et on peut voir des bout de la route qui y menait.







Elle est habitée maintenant par de très gros achigans.



Le temps d'une sannouitche beurre de pinottes-confiture, ou deux, et de faire connaissance avec la gang du Club H2O, hyper-gentils et sympathiques, et équipés d'un plan de l'endroit, nous intervale-de-surfaçons.

Pendant ce temps, un plaisanssiste habillé camo parce qu'il chasse le canard rapplique au quai le moteur heureux pour échanger quelques minutes avec sa blonde, camo aussi, venue le voir en pick-up camo. Deux minutes, et il repart plaisanter au large tout seul, le romantique.




Deuxième immersion; nous rejoignons le canal englouti en face du quai, l'oeil ouvert aux plaisantins, et nous driftons joyeusement jusqu'à atteindre les écluses elles-même.(J'ai retrouvé l'accent circonflexe!!!)
Au pied desquelles je trouve une quantité incroyable de bouteilles.

D'ou l'expression "écluser".




Une chaudière d'eau.



Aqualung déploie ici un grand drapeau canadien dont le mat est brisé.
Merde! Nous ne sommes donc pas les premiers à souiller ce fol, fouiller ce sol, saouler ce fol, ffffff......Téka...

Nous sommes ici passés la plus vieille écluse, à l'emplacement de l'ancienne marina, je pense.
Endroit fascinant...fantomatique...Gardé par des légions de gros achigans, dorés, et un banc de chevaliers blancs. Il n'y a pas de courant ici, et nous nous laissons flotter à travers les artefacts, hypnotisés...














...Et c'est, trop vite meme si nous y sommes depuis plus d'une heure, le temps d'entreprendre le voyage de retour au bord.
À commencer par le Stairway to Heaven.



Tout en gardant l'oeil ouvert pour d'éventuels plaisanteurs, rares de ce côté à cause d'immenses herbiers à fleur d'eau, nous observons les grandes carpes somnoler aux pieds des algues, et une petite pluie s'achever à la surface.
Ouin...J'ai vraiment bin aimé le Lock 23.

L'eau est encore très confortable, la visibilité superbe à 40 pieds environ hier, le parc hyper-acceuillant et équipé d'un gazebo immense et de tables, et le site fascinant sous tous ces aspects.
J'y retournerai bientot, c'est sur.

La saison n'est pas encore finie...